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La Direction de l'Archéologie
 

 La fortification protohistorique d'Olloy-sur-Viroin 2006

 Jean-Luc Pleuger, Eugène Warmenbol.

 

 

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Olloy 2004-2005

 Olloy 2007

 
 
 
 

Coordonnées Lambert, calculées par station totale (réseau GPS WALCORS), pour le site d'Olloy par le bureau d'études Survey & Amenagement de Ronquières.
Coordonnées 72 ;   Z=DNG   ; Borne (des Forges St Roch) XY0:   X=165  Y= 85148,523 Z= 212,583 m précision: 1,07cm; Piquet (du CRea) Z0:    X= 166014,074    Y= 85148,489   Z= 215,106m    précision: 3,10cm

 

Rappel historique

 

Les fouilles sur le "Plateau des Cinkes" d'Olloy-sur-Viroin commencent en 1885, lorsqu' Alfred Bequet pratique quelques coupes pour le compte de la Société Archéologique de Namur, vraisemblablement dans les deux remparts (Bequet, 1888; Id., 1890).

Elles seront poursuivies en 1940-1942, peut-être par Jacques Breuer (?), qui creuse une autre (?) tranchée dans le rempart oriental. Ensuite, en 1951, Paul Van Gansbeke, ouvre encore une tranchée dans la même levée, dans laquelle il découvre un squelette "presque complet" (Anonyme, 1965).Enfin, en 1979, l'asbl Amphora, sous la direction de Jean-Marc Doyen et d'un des auteurs (E.W.), ravive cette dernière coupe, y mettant au jour, entre autres, un deuxième squelette en connexion anatomique ainsi que deux fiches en fer de type "murus gallicus" laténien, découvertes hors contexte. Les travaux d'Amphora sont les seuls qui feront l'objet d'une publication quelque peu substantielle (Doyen & Warmenbol, 1981, Idd., 1984)

 

Occupation

 

Le squelette découvert en 1979 dans la masse du rempart était accompagné d'un aiguisoir et d'une pointe de flèche en bronze, dont la datation, selon sa typologie, se situerait entre le Bronze moyen et le Bronze final (Eckhardt, 1996). Ces ossements ont été soumis en 2003 à une datation 14C, dans le cadre plus large d'une étude des inhumations des âges des Métaux de nos régions. La date obtenue, 3150 + 25 BP (KIA-21781) (1520-1370 B.C.), vint appuyer la datation suggérée par la pointe de flèche.

Cette date semblait en tout cas confirmer que le rempart avait connu deux états de construction, qui remonteraient à la fin du Bronze Moyen (?) et à la fin de l'âge du Fer. Il n'est toutefois pas fait mention dans la littérature de fortifications de l'âge du Bronze dans nos régions. Néanmoins, elles sont connues dans la moitié nord de la France, comme par exemple le Camp de César à Catenoy (Oise).

Une question intéressante se trouvait ainsi soulevée, qu'il n'était possible de résoudre que par la continuation des fouilles d'Olloy-sur-Viroin.

 

Problématique actuelle

Grâce à la bienveillance des autorités de la Région Wallonne (DGATLP, MRW), une première campagne a pu être organisée en juillet 2004 et une deuxième en juillet 2005, l'une et l'autre menées par le Centre de Recherches Archéologique de l'Université Libre de Bruxelles, en étroite collaboration avec l'asbl Forges Saint-Roch de Couvin, sous la direction des auteurs (Warmenbol & Pleuger, 2006). La première a permis de rafraichir une coupe ancienne dans le rempart oriental, en l'élargissant et en l'allongeant, la seconde une coupe ancienne dans le rempart occidental, en faisant de même.La recherche a non seulement concerné les ouvrages défensifs, mais aussi l’habitat ou, du moins, l’occupation humaine entre les remparts. Ainsi, lors de la campagne 2004, la grande coupe dans le rempart oriental a été prolongée vers l'intérieur d'une tranchée de six mètres sur quatre et d'un "carré" de six mètres sur sept. Les "marchets" qu'abrite la fortification d'Olloy-sur-Viroin constituent une des particularités du site. Ainsi, un exemplaire de petites dimensions a été exploré en 2004, et un quadrant d'un autre de grandes dimensions a été fouillé en 2005, afin de mieux comprendre la présence de ces tertres qui scellent souvent une sépulture.

La fouille 2006

 

L’ouverture d’une tranchée de vingt mètres sur cinq à travers le rempart oriental, sur le chemin forestier actuel, a permis le dégagement complet d’une porte et d’une palissade.
Un décapage important de vingt mètres quatre vingt sur six mètres cinquante, a été effectué afin de soulever la problématique de l’occupation du lieu entre les remparts.
 

 

Plan de fouille Fragments de bracelets et d'anneau en verre et lignite

La porte

 

La porte, d’une largeur de 3,20m, est formée de 2 pieux circulaires latéraux d’un diamètre de 40 à 45cm et d’une profondeur d’environ 60cm et d’un poteau « central » carré légèrement déporté vers la droite. Ce dernier délimite deux ouvertures de 1m70 et de 1m15 définissant une entrée à 2 vantaux s’ouvrant sans doute vers l’extérieur.  Cette porte à deux vantaux  pourrait expliquer la présence d’un ensemble de pierres monolithiques de chaque côté de l’entrée, se situant à une distance presque équivalente à l’arc d’ouverture de chaque vantail (pierres de calage ?)  Deux rangs de pieux s’enfonçant dans le corps du rempart s’alignent à la suite des deux poteaux circulaires de l’entrée.  Ils sont creusés comme les autres dans la roche calcaire, mais sont généralement d’un plus petit calibre.  La présence de ces alignements et surtout du poteau central fondent l’hypothèse d’une construction plus élaborée en élévation comprenant un chemin de ronde voire une petite tour contrôlant la porte (MATTHYS & HOSSEY 1979). Le trou de poteau central contenait de gros fragments de bois de cervidé âgé (protubérance osseuse frontale) probablement à connotation symbolique ou cultuelle (Kruta, 2000).  L’ouverture alternative des battants inégaux de la porte pourrait participer à sa défense , laissant passer l’homme ou le charroi, en ménageant  la possibilité de ne pas en ouvrir la totalité.


La palissade

Cinq trous de pieux d’une palissade ont été mis à jour à la sortie du porche (côté interne) du rempart oriental. Cette palissade ne nous semble pas contemporaine de la porte du rempart (datation radiocarbone en cours). Elle semble lui être antérieure, enfouie sous le déversement de la butte de l’enceinte et fait peut-être partie d’une première enceinte clôturant les stuctures qui apparaissent à l’intérieur). Les pieux font 30 à 50cm de diamètre et 40 à 60cm de profondeur ; les quatre premiers alignés NW-SE sont séparés du cinquième par un « passage » de 1m60 à 1m70 entre poteaux verticaux , suivant leur diamètre

L’accès extérieur

L’accès à la porte orientale se fait par un massif de roche dont les strates tendent vers l’horizontale.   Les fossés sont creusés de part et d’autre de ce massif. Le côté droit est plus profond que le gauche. Il ne fait aucun doute que ces excavations ont servi d’approvisionnement en pierres calcaires pour former l’importante charge du rempart

Fouille 2006:photoplan

 

La zone d’occupation intérieure

 

Lors des fouilles du marchet M1 en 2004, plusieurs trous de poteaux avaient été découverts à l’extérieur immédiat du tertre funéraire, sous la couche unique de terre superficielle peu épaisse qui recouvre la roche (10 à 20cm).  Un secteur de fouille avait été ouvert suite à cette découverte et avait permis la mise à jour d’autres trous similaires, creusés dans la roche calcaire, de très peu de profondeur (15 à 20cm).  On peut parler dans ce cas de trous d’encastrement ou de calage de pièces de bois verticales ; le sol calcaire est, il est vrai, peu propice au creusement de fosses importantes. 

La fouille a pu mettre à jour 25 trous de poteaux dont certains forment des alignements ; d’autres font penser , vu leur dimension plus importante et leur disposition, à des encastrements de poteaux faîtiers. 

La fouille de cette zone (zone 4) doit être poursuivie avant d’en comprendre la ou les structures.

A proximité, une zone rocheuse d’environ 1m45, très fragmentée, a été observée.  Il pourrait s’agir de l’ancien accès , mais il est bien difficile de dire si cet « accès » est une trace laténienne ou est plus récente.  Cette zone fragmentée est dans l’axe de l’ouverture de la palissade et est bordée d’un fossé d’environ 25 à 60cm de largeur et 30 à 60cm de profondeur, creusé dans la roche calcaire et vide de tout matériel.  Le fossé a pu être dégagé sur une longueur de 6m50 et il  peut être suivi à vue , en surface, sur une longueur totale de plus de 160 mètres.

Le matériel recueilli dans la couche de terre peu épaisse (5 à 15cm) couvrant le sous-sol rocheux de la fouille de l’aire protégée (zone 4) à l’arrière du rempart oriental a livré de nombreux tessons de céramique, probablement de la fin de l’époque laténienne dont plusieurs remplissaient les trous d’encastrement des poteaux, ainsi que 2 fragments de bracelet en verre noir et bleu, 1 anneau en verre noir et un fragment de bracelet en lignite.  De nombreux fragments d’os et quelques fragments métalliques (clous) en complétaient l’inventaire.

La surface du sol rocheux de la zone 4, partie intérieure de la fortification à proximité immédiate du rempart oriental a livré quantité de matériaux lithiques (éclats et fragments de lames), tout comme le sol situé sous la charge du rempart occidental dégagé lors des fouilles 2005.  Un champ situé juste à l’extérieur du rempart occidental avait déjà livré ce genre de matériel, qui avait été attribué au Néolithique moyen et au Bronze ancien (Doyen - Warmenbol, 1981).

 

La nécropole

 

Un inventaire précis des nombreux tertres de pierres sèches  appelés « marchets », a été entrepris.  Nous avons dénombré 128 tertres à l’intérieur  de la fortification, pour 25 hors rempart côté oriental et au moins 21 côté occidental (inventaire extérieur occidental non terminé).  Soit au total 174 « marchets » recensés sur le site, dont plusieurs de très grande dimension (10m et 11m80).  Il est très probable (au vu notamment de la configuration des lieux et de l’étendue de la nécropole hors de l’enceinte ) que certains marchets  soient antérieurs à la fortification  et remontent à l’âge du bronze (Warmenbol–Pleuger, 2006).

 

Découpage de la fouille et inventaire des tertres de la nécropole

 

Conclusions et perspectives

 

Les résultats encourageants de cette campagne demandent la poursuite des investigations. Les questions restent en effet entières concernant les différentes périodes d’occupation du site.Les datations radiocarbone des différents échantillons de 2004 laissent supposer des occupations de l’époque néolithique à l’âge du Bronze et à l’époque de la Tène. De plus, la question de savoir si le site a été occupé principalement en nécropole reste à éclaircir. Cette année, la réouverture avec extension de la fouille de l’aire intérieure et de la porte orientale devrait permettre de faire de grands progrès quant à la compréhension globale du site. Les deux campagnes suivantes consisteront à avoir une vue plus précise de la nécropole et de ses 174 marchets recensés; la  continuation de la fouille de l’intérieur de la fortification et le dégagement de la porte occidentale, si cela s’avère nécessaire.

 

 

 

Bibliographie

 

ANONYME, 1965. Vestiges archéologiques, Olloy-sur-Viroin et la région. Bulletin bimestriel de l'U.C. Olloy Syndicat d'Initiative Générale, XII, p. 37-38.

BEQUET A., 1888. Nos fouilles en 1885, Annales de la Société Archéologique de Namur, XVII, p. 249-251.

BEQUET A., 1890. Relevé des retranchements fortifiés sur les hauteurs, Annales de la Fédération Archéologique et Historique de Belgique, VI, p. 225-226.

CAHEN-DELHAYE A. & JADIN I., 1986. Fouille d'un 'murus gallicus' à Lompret (Hainaut), Infos-Archéo, 12, p. 3-7.

CAHEN-DELHAYE A. & JADIN I., 1990. La place forte de Lompret (Sud du Hainaut belge). In LEMAN-DELERIVE G. (dir.), Les Celtes en France du Nord et en Belgique. VIe-Ier siècle avant J.-C., Bruxelles, Crédit Communal, p. 51-55.

DOYEN J.-M.  & WARMENBOL E., 1981. La fortification protohistorique d'Olloy-sur-Viroin, Bruxelles (Publications ... Amphora, XI).

DOYEN J.-M. & WARMENBOL E., 1984. La fortification protohistorique d'Olloy-sur-Viroin (province de Namur, Belgique). In CAHEN-DELHAYE A. et alii (éd.), Les Celtes en Belgique et dans le Nord de la France. Actes du 6ème Colloque de l'A.F.E.A.F., tenu à Bavay et Mons Lille (Revue du Nord, n° spécial hors série), p. 171-179.

ECKHARDT H., 1996. Pfeil und Bogen. Eine archäologisch-technologische Untersuchung zu urnenfelder- und hallstattzeitlichen Befunden, Espelkamp, Verlag Marie Leidorf (Internationale Archäologie, 21), 436 p.

FISCHTL Stephan, La ville celtique, éd.Errance, 2005, p.64-84.

KRUTA Venceslas, Les celtes, éd. R. Laffont, 2000  (Paris), p.533.

MATTHYS A. & HOSSEY G., 1979. L’oppidum du “Trînchi” à Cugnon, Archaeologia Belgica 215, p.13-14.

WARMENBOL E. & PLEUGER J.-L., 2006. La fortification protohistorique d'Olloy-sur-Viroin (Namur). Campagnes de fouilles 2004 et 2005, Lunula. Archaeologia protohistorica, XIV, p. 135-138.

 

Sources

 

FECHNER K., 2004.Olloy-sur-Viroin. Rapport de terrain pédologique de la visite du 19 juillet 2004. Rapport interne.

 
Pilon en pierre
Fragments de lames et éclats de silex
Fiches et clous de fer
photographies hors publications
 
Le site dans le paysage
Méandre du Viroin
Le Viroin
 
L'accès à la fortification

Remparts Est et Ouest
Flanc Sud
Pieu de la palissade et poteau central de la porte