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La Direction de l'Archéologie
 

 La fortification protohistorique d'Olloy-sur-Viroin 2005

  Eugène Warmenbol et Jean-Luc Pleuger.

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Olloy 2004-2005

Olloy 2006

 

 

Situation

 

La fortification d'Olloy-sur-Viroin se localise en Calestienne occidentale, étroite bande calcaire, karstique, qui sépare les marécages de la Fagne des hauts plateaux schisteux de l'Ardenne. Le site surplombe un méandre du Viroin, qu'il domine d'une soixantaine de mètres (fig. 1). La fortification se présente sous la forme d'un éperon tronqué par deux remparts distants de quelques deux cents mètres l'un de l'autre, délimitant un espace habitable d'à peu près 3 hectares. Un fossé flanque chacune des levées vers l'extérieur de l'espace enclos, à l'intérieur duquel se trouvent un grand nombre de tertres de pierres (ou "marchets"). L'éperon fait par ailleurs partie d'une série d'ouvrages fortifiés jalonnant le massif calcaire, éperons "barrés" (Vireux, Presgaux...) et éperons tronqués (Couvin, Lompret...), ces derniers particulièrement caractéristiques de la région. Ils sont installés sur des promontoires rocheux dont l'extrémité n'est pas suffisamment escarpée que pour servir de défense naturelles, et entourés d'une boucle de rivière (fig. 2).

 

Historique

 

Les fouilles sur le Plateau des Cinkes d'Olloy-sur-Viroin commencent en 1885, lorsqu' Alfred Bequet y pratique quelques coupes pour le compte de la Société Archéologique de Namur, vraisemblablement dans l'un et l'autre rempart. Elles seront poursuivies en 1940-1942, peut-être par Jacques Breuer, qui y creuse une autre (?) tranchée dans le rempart oriental, puis en 1951, par Paul Van Gansbeke, qui y pratique encore une tranchée dans la même levée, dans laquelle il découvre un squelette "presque complet". Les dernières recherches, enfin, datent de 1979, lorsque l'asbl Amphora, sous la direction de Jean-Marc Doyen et de l'auteur, ravive cette dernière coupe, y mettant au jour, entre autres, un deuxième squelette en connection anatomique. C'est toutefois la découverte de deux grandes fiches en fer du type de celles utilisé dans un murus gallicus celtique, certes hors contexte, qui revêt le plus d'importance, puisqu'elle montrait qu'au moins un des états de ce rempart date du Deuxième âge du Fer.

Les travaux d'Amphora sont les seuls qui feront l'objet d'une publication quelque peu substantielle.

 

Occupation

 

Le squelette découvert en 1979 était accompagné d'un aiguisoir et d'une pointe de flèche en bronze (fig. 3) qui date, d'après sa typologie, du Bronze moyen (au plus tôt) au Bronze final (au plus tard). Quelques armatures fort semblables ont été découvertes à Yvoir et à Han-sur-Lesse (Namur). Il nous a été possible, dans le cadre plus large d'une étude des inhumations des âges des Métaux de nos régions, de soumettre (en 2003) ces ossements à une datation au radiocarbone. La date obtenue, 3150 + 25 BP (KIA-21781), vint appuyer la date suggérée par la pointe de flèche, puisqu'elle nous donne après calibration, à 95,4% de certitude, une date entre 1520 et 1370 BC. Le squelette ayant été mis au jour dans la masse du rempart, elle semblait en tout cas confirmer que celui-ci avait connu deux états de construction, qui remonteraient donc à la fin du Bronze Moyen (?) et à la fin de l'âge du Fer. Il n'est toutefois pas fait mention dans la littérature de fortifications de l'âge du Bronze dans nos régions. Celles-ci sont toutefois connues dans la moitié nord de la France, comme par exemple le Camp de César à Catenoy (Oise). Une question intéressante se trouvait ainsi soulevée, qu'il n'était possible de résoudre que par la continuation des fouilles d'Olloy-sur-Viroin.

 

                           Profil nord

Problématique actuelle

 

Grace à la bienveillance des autorités de la Région Wallone (DGATLP, MRW), une première campagne a pu être organisée en juillet 2004 et une deuxième en juillet 2005, l'une et l'autre menées par le CReA en étroite collaboration avec l'asbl Forges Saint-Roch de Couvin, sous la direction de l'auteur et de Jean-Luc Pleuger. La première a permis de rafraichir une coupe ancienne dans le rempart oriental, en l'élargissant et en l'allongeant, la seconde une coupe ancienne dans le rempart occidental, en faisant de même.

Il ne s'agit pas seulement d'explorer les ouvrages défensifs, toutefois, mais aussi l'habitat ou, mieux: l'occupation humaine entre les murs. Ainsi la grande coupe dans le rempart oriental a été prolongée vers l'intérieur d'une tranchée de six mètres sur quatre et d'un "carré" de six mètres sur sept. Un décapage plus important prévu pour 2006 devrait nous permettre d'en apprendre un peu plus sur ce que ce rempart isolait ou protégeait à l'époque de son édification. Malgré des années de recherches menées sur les fortifications de l'âge du Fer de nos régions, notamment par Pierre-Paul Bonenfant (ULB) et Anne Cahen-Delhaye (Service National des Fouilles), nous sommes effectivement toujours largement dans l'ignorance de l'organisation interne de celles-ci.

Les "marchets" qu'abrite la fortification d'Olloy-sur-Viroin constituant une des particularités du site, un exemplaire de petites dimensions a été exploré en 2004, un quadrant d'un autre de grandes dimensions a été fouillé en 2005, afin de mieux comprendre la présence de ces tertres, qui scellent souvent une sépulture.

 

Les fouilles du site protohistorique du Plateau des Cinques s'inscrivent par ailleurs dans une étude plus large ayant pour objet les sites fortifiés de l'âge du Fer de la vallée du Viroin, de l'Eau Blanche et de l'Eau Noire, menée en collaboration avec l'asbl CEDARC de Treignes.

Comme nous l'avons déjà signalé, plusieurs sites certainement comparables et vraisemblablement contemporains, s'égrènent le long de ces rivières, jusqu'au confluent du Viroin avec la Meuse. Il est clair que leur quantité et qualité devraient permettre une approche globale touchant aux questions de territoire et de terroir aux âges des Métaux.

 

Quelques réponses

 

La nouvelle coupe (fig. 4) obtenue sur le rempart oriental (en 2004) a permis d'établir qu'il y a certes plusieurs états de construction à celui-ci, mais que ces états ne concernent que le parement extérieur de l'édifice, qui a été au moins une fois refait, portant la largeur du mur à un peu plus de neuf mètres. Que le parement ait été composé au moins en partie d'un poutrage en bois peut être déduit du fait de traces de combustion intense trouvées devant le parement extérieur, traces qui montrent que l'édifice a brûlé par endroits juste avant son abandon (fig. 5). L'ouvrage doit avoir versé en partie dans le fossé, qui venait renforcer la dénivellation, bien sûr, mais qui avait surtout eu la fonction de carrière, comme il apparaît très clairement dans la coupe du rempart occidental. Les poutres verticales étaient très vraisemblablement ancrées dans l'avant du rempart par des poutres horizontales, mais celles-ci n'ont certes pas laissé de traces indiscutables, ni à l'orient ni à l'occident.

La masse du rempart oriental doit par ailleurs exclusivement dater de l'époque de La Tène, puisqu'une grande fiche en fer (fig. 6) , caractéristique des muri gallici de la fin de la période, a été retrouvée en place tout en bas de la construction, à un endroit non touché par nos prédécesseurs. Nous pouvons ainsi, d'emblée, écarter l'hypothèse d'un premier état du rempart à dater de l'âge du Bronze. Il est par contre fort probable qu'au moins le rempart oriental d'Olloy-sur-Viroin ait été un murus gallicus à la manière du rempart oriental du Camp Romain de Lompret, un retranchement de même type, de même surface, dans la même région, fouillé il y a une vingtaine d'années par Anne Cahen-Delhaye et Ivan Jadin. La masse du rempart occidental n'a, par contre, pas livré de matériel bien datable (en 2005), mais semble structurellement identique à l'autre et donc, à priori, chronologiquement identique. A l'avant du parement gisait une meule -un objet assez inattendu à cet endroit-  dont la pierre attend encore une détermination.

 

            Profil sud

Questions nouvelles

 

Les dates radiométriques obtenues sur les échantillons récoltés en 2004 à Olloy-sur-Viroin sont problématiques, mais sans doute intéressantes et informatives sur l'occupation du Plateau des Cinkes, où l'implantation d'une fortification à la fin de l'âge du Fer n'a finalement été qu'un épisode parmi d'autres.

Ainsi les poches terreuses à la base des éboulis à l'arrière du rempart oriental, ont livré une date de 4560 + 30 BP, sur ossement, qui donne, après calibration, les fourchettes 3490-3470 BC (à 2,3 %), 3380-3300 BC (à 36,5 %) ou 3240-3100 BC (à 56,7 %).

Ainsi les poches humifères présentes sous la masse du rempart oriental, ont  livré une date de 3515 + 25 BP, sur ossement, qui, une fois calibrée, donne la fourchette 1920-1740 BC (à 95,4 % de probabilité). Le même genre de matériel céramique et lithique qu'elles contiennent a également été rencontré sous la masse du rempart occidental ainsi que sous le marchet fouillé en partie en 2005.

Il nous semble peu vraisemblable qu'il s'agisse de matériel "isolé", puisqu'un champ situé juste à l'extérieur du rempart occidental a livré dans le passé quantité de matériaux lithiques attribués, justement, au Néolithique moyen et au Bronze ancien. Or l'examen pédologique des poches humifères sous le rempart, menée par Kai Fechner, l'amène à suggérer, parce qu'elles sont plus épaisses que les horizons de surface humifères rencontrés ailleurs, qu'il s'agit "de tas de terres issus d'un raclage de l'ancienne surface". Il faut donc tenir compte d'une occupation du plateau aux deux périodes citées. Nous rappelerons ici que la grotte Ambre de Doische a produit une date de 3560 + 80 BP pour une sépulture en grotte à inhumations et incinérations.

 

 
                                  

 

Nécropole ou métropole?

 

Quelques trous de poteaux ont été notés à l'arrière du rempart oriental, dont une série de trois alignés et en partie dédoublés, séparant (?) le "marchet" M 1, fouillé à l'ouest de ceux-ci, de la marge de l'enceinte. Il nous faut signaler, en effet, que toute la partie méridionale du site (au sud du chemin qui le traverse) est constellée d'une soixantaine de ces tertres, sinon plus. L'exemplaire fouillé entièrement en 2004 (M 1) (fig. 7) , d'assez petites dimensions (moins de quatre mètres de diamètre), abritait sous son quadrant Nord-Ouest, un caisson d'à peu près 60 x 40 centimètres, profond d'une trentaine de centimètres (fig. 8), contenant des ossements. Ils attendent une détermination, quoiqu'ils ne soient apparemment pas humains, mais n'attendent plus d'être datés: la datation radiométrique, 2000 + 25 BP les dit à peu près contemporains de l'enceinte, la date calibrée donnant la fourchette 50 BC - 70 AD (toujours à 95,4 % de probabilité). Le tronçon de bracelet en verre transparent doublé de jaune recueilli parmi les pierres du marchet doit toutefois être plus ancien, puisqu'il appartient à un type ("type 7a" de Haevernick) qui apparaît déjà à la première moitié du IIème siècle avant notre ère (fig. 9).

L'exemplaire fouillé en partie en 2005 (M 19) est de dimensions plus considérables (environ huit mètres de diamètre). Il a livré dans le quadrant Sud-Ouest quelques ossements humains (dont un fragment de calotte crânienne et quelques dents) et quelques tessons de céramique passée au peigne probablement de l'extrême fin de l'époque laténienne ou du début de l'époque romaine.

Nous sommes pour le reste convaincus que certains des "marchets" du Plateau des Cinques remontent à l'âge du Bronze et qu'un ou deux d'entre eux ont pu être "piégés" dans la masse du rempart oriental. Comme nous l'avons vu, celui-ci n'était certainement pas à proprement parler le réceptacle des deux squelettes qui y ont été trouvés, mais ni en 1951, ni en 1979 les archéologues ont vu le marchet que le rempart est venu coiffer. Voilà comment nous proposons de résoudre la question de la présence de ces restes humains fort anciens à cet endroit.

 
                           Vue d'une partie de la fouille 2007 (aire ouverte)
 

Topographie

 

Aucune couverture topographique du site n'ayant été réalisée à ce jour, celle-ci a été entamée dès la reprise des fouilles au moyen de la station totale Leica TCR 307 du Centre de Recherches Archéologiques.

Sous la direction de Laurent Bavay, la moitié méridionale du site a pu être topographiée, ainsi que la plus grande partie du rempart occidental, un levé rendu extrêmement difficile par l'épaisseur et la nature (des épineux!) des taillis, mais néanmoins d'une grande précision. Lors de la complétion du levé, il s'agira également d'enregistrer les bords du plateau, fort parlants, bien entendu, mais aussi fort dangereux parce que souvent en à-pic, en partie du fait de l'action de carrières modernes, du moins côté sud. Un vallon sec vertigineux s'ouvrant sur le Viroin a déjà été enregistré à l'arrière du rempart occidental, un vallon qui pouvait donner accès à la rivière en contrebas, le plateau lui-même étant, à notre connaissance, dépourvu de sources (fig. 10).

 

Bibliographie

 

A. Bequet, « Nos fouilles en 1885 », Annales de la Société Archéologique de Namur XVII (1888), p. 249-251.

A. Bequet, « Relevé des retranchements fortifiés sur les hauteurs », Annales de la Fédération Archéologique et Historique de Belgique VI (1890), p. 225-226.

Anonyme, « Vestiges archéologiques », Olloy-sur-Viroin et la région. Bulletin bimestriel de l'U.C. Olloy Syndicat d'Initiative Générale XII (1965), p. 37-38.

J.-M. Doyen & E. Warmenbol, La fortification protohistorique d'Olloy-sur-Viroin (Bruxelles 1981) (Publications ... Amphora, XI).


 

 

photographies hors publications
Meule en arkose
Vue du fossé