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Situation
La
fortification d'Olloy-sur-Viroin se localise en Calestienne
occidentale, étroite bande calcaire, karstique, qui sépare les
marécages de la Fagne des hauts plateaux schisteux de l'Ardenne. Le
site surplombe un méandre du Viroin, qu'il domine d'une soixantaine de
mètres (fig. 1). La fortification se présente sous la forme
d'un éperon tronqué par deux remparts distants de quelques deux cents
mètres l'un de l'autre, délimitant un espace habitable d'à peu près 3
hectares. Un fossé flanque chacune des levées vers l'extérieur de
l'espace enclos, à l'intérieur duquel se trouvent un grand nombre de
tertres de pierres (ou "marchets"). L'éperon fait par ailleurs partie
d'une série d'ouvrages fortifiés jalonnant le massif calcaire, éperons
"barrés" (Vireux, Presgaux...) et éperons tronqués (Couvin, Lompret...),
ces derniers particulièrement caractéristiques de la région. Ils sont
installés sur des promontoires rocheux dont l'extrémité n'est pas
suffisamment escarpée que pour servir de défense naturelles, et
entourés d'une boucle de rivière (fig. 2).
Historique
Les
fouilles sur le Plateau des Cinkes d'Olloy-sur-Viroin commencent en
1885, lorsqu' Alfred Bequet y pratique quelques coupes pour le compte
de la Société Archéologique de Namur, vraisemblablement dans l'un et
l'autre rempart. Elles seront poursuivies en 1940-1942, peut-être par
Jacques Breuer, qui y creuse une autre (?) tranchée dans le rempart
oriental, puis en 1951, par Paul Van Gansbeke, qui y pratique encore
une tranchée dans la même levée, dans laquelle il découvre un
squelette "presque complet". Les dernières recherches, enfin, datent
de 1979, lorsque l'asbl Amphora, sous la direction de Jean-Marc Doyen
et de l'auteur, ravive cette dernière coupe, y mettant au jour, entre
autres, un deuxième squelette en connection anatomique. C'est
toutefois la découverte de deux grandes fiches en fer du type de
celles utilisé dans un murus gallicus celtique, certes hors
contexte, qui revêt le plus d'importance, puisqu'elle montrait qu'au
moins un des états de ce rempart date du Deuxième âge du Fer.
Les
travaux d'Amphora sont les seuls qui feront l'objet d'une publication
quelque peu substantielle.
Occupation
Le
squelette découvert en 1979 était accompagné d'un aiguisoir et d'une
pointe de flèche en bronze (fig. 3) qui date, d'après sa
typologie, du Bronze moyen (au plus tôt) au Bronze final (au plus
tard). Quelques armatures fort semblables ont été découvertes à Yvoir
et à Han-sur-Lesse (Namur). Il nous a été possible, dans le cadre plus
large d'une étude des inhumations des âges des Métaux de nos régions,
de soumettre (en 2003) ces ossements à une datation au radiocarbone.
La date obtenue, 3150 + 25 BP (KIA-21781), vint appuyer la date
suggérée par la pointe de flèche, puisqu'elle nous donne après
calibration, à 95,4% de certitude, une date entre 1520 et 1370 BC. Le
squelette ayant été mis au jour dans la masse du rempart, elle
semblait en tout cas confirmer que celui-ci avait connu deux états de
construction, qui remonteraient donc à la fin du Bronze Moyen (?) et à
la fin de l'âge du Fer. Il n'est toutefois pas fait mention dans la
littérature de fortifications de l'âge du Bronze dans nos régions.
Celles-ci sont toutefois connues dans la moitié nord de la France,
comme par exemple le Camp de César à Catenoy (Oise). Une question
intéressante se trouvait ainsi soulevée, qu'il n'était possible de
résoudre que par la continuation des fouilles d'Olloy-sur-Viroin.
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Profil nord |
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Problématique
actuelle
Grace à la
bienveillance des autorités de la Région Wallone (DGATLP, MRW), une
première campagne a pu être organisée en juillet 2004 et une deuxième
en juillet 2005, l'une et l'autre menées par le CReA en étroite
collaboration avec l'asbl Forges Saint-Roch de Couvin, sous la
direction de l'auteur et de Jean-Luc Pleuger. La première a permis de
rafraichir une coupe ancienne dans le rempart oriental, en
l'élargissant et en l'allongeant, la seconde une coupe ancienne dans
le rempart occidental, en faisant de même.
Il ne s'agit pas
seulement d'explorer les ouvrages défensifs, toutefois, mais aussi
l'habitat ou, mieux: l'occupation humaine entre les murs. Ainsi la
grande coupe dans le rempart oriental a été prolongée vers l'intérieur
d'une tranchée de six mètres sur quatre et d'un "carré" de six mètres
sur sept. Un décapage plus important prévu pour 2006 devrait nous
permettre d'en apprendre un peu plus sur ce que ce rempart isolait ou
protégeait à l'époque de son édification. Malgré des années de
recherches menées sur les fortifications de l'âge du Fer de nos
régions, notamment par Pierre-Paul Bonenfant (ULB) et Anne
Cahen-Delhaye (Service National des Fouilles), nous sommes
effectivement toujours largement dans l'ignorance de l'organisation
interne de celles-ci.
Les "marchets"
qu'abrite la fortification d'Olloy-sur-Viroin constituant une des
particularités du site, un exemplaire de petites dimensions a été
exploré en 2004, un quadrant d'un autre de grandes dimensions a été
fouillé en 2005, afin de mieux comprendre la présence de ces tertres,
qui scellent souvent une sépulture.
Les fouilles du site
protohistorique du Plateau des Cinques s'inscrivent par ailleurs dans
une étude plus large ayant pour objet les sites fortifiés de l'âge du
Fer de la vallée du Viroin, de l'Eau Blanche et de l'Eau Noire, menée
en collaboration avec l'asbl CEDARC de Treignes.
Comme nous l'avons
déjà signalé, plusieurs sites certainement comparables et
vraisemblablement contemporains, s'égrènent le long de ces rivières,
jusqu'au confluent du Viroin avec la Meuse. Il est clair que leur
quantité et qualité devraient permettre une approche globale touchant
aux questions de territoire et de terroir aux âges des Métaux.
Quelques réponses
La nouvelle coupe (fig.
4) obtenue sur le rempart oriental (en 2004) a permis d'établir
qu'il y a certes plusieurs états de construction à celui-ci, mais que
ces états ne concernent que le parement extérieur de l'édifice, qui a
été au moins une fois refait, portant la largeur du mur à un peu plus
de neuf mètres. Que le parement ait été composé au moins en partie
d'un poutrage en bois peut être déduit du fait de traces de combustion
intense trouvées devant le parement extérieur, traces qui montrent que
l'édifice a brûlé par endroits juste avant son abandon (fig. 5).
L'ouvrage doit avoir versé en partie dans le fossé, qui venait
renforcer la dénivellation, bien sûr, mais qui avait surtout eu la
fonction de carrière, comme il apparaît très clairement dans la coupe
du rempart occidental. Les poutres verticales étaient très
vraisemblablement ancrées dans l'avant du rempart par des poutres
horizontales, mais celles-ci n'ont certes pas laissé de traces
indiscutables, ni à l'orient ni à l'occident.
La masse du rempart
oriental doit par ailleurs exclusivement dater de l'époque de La Tène,
puisqu'une grande fiche en fer (fig. 6) , caractéristique des
muri gallici de la fin de la période, a été retrouvée en place
tout en bas de la construction, à un endroit non touché par nos
prédécesseurs. Nous pouvons ainsi, d'emblée, écarter l'hypothèse d'un
premier état du rempart à dater de l'âge du Bronze. Il est par contre
fort probable qu'au moins le rempart oriental d'Olloy-sur-Viroin ait
été un murus gallicus à la manière du rempart oriental du Camp
Romain de Lompret, un retranchement de même type, de même surface,
dans la même région, fouillé il y a une vingtaine d'années par Anne
Cahen-Delhaye et Ivan Jadin. La masse du rempart occidental n'a, par
contre, pas livré de matériel bien datable (en 2005), mais semble
structurellement identique à l'autre et donc, à priori,
chronologiquement identique. A l'avant du parement gisait une meule
-un objet assez inattendu à cet endroit- dont la pierre attend encore
une détermination.
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Questions nouvelles
Les dates radiométriques obtenues sur les échantillons récoltés
en 2004 à Olloy-sur-Viroin sont problématiques, mais sans doute
intéressantes et informatives sur l'occupation du Plateau des
Cinkes, où l'implantation d'une fortification à la fin de l'âge
du Fer n'a finalement été qu'un épisode parmi d'autres.
Ainsi les poches terreuses à la base des éboulis à l'arrière du
rempart oriental, ont livré une date de 4560 + 30 BP, sur
ossement, qui donne, après calibration, les fourchettes
3490-3470 BC (à 2,3 %), 3380-3300 BC (à 36,5 %) ou 3240-3100 BC
(à 56,7 %).
Ainsi les poches humifères présentes sous la masse du rempart
oriental, ont livré une date de 3515 + 25 BP, sur
ossement, qui, une fois calibrée, donne la fourchette 1920-1740
BC (à 95,4 % de probabilité). Le même genre de matériel
céramique et lithique qu'elles contiennent a également été
rencontré sous la masse du rempart occidental ainsi que sous le
marchet fouillé en partie en 2005.
Il
nous semble peu vraisemblable qu'il s'agisse de matériel
"isolé", puisqu'un champ situé juste à l'extérieur du rempart
occidental a livré dans le passé quantité de matériaux lithiques
attribués, justement, au Néolithique moyen et au Bronze ancien.
Or l'examen pédologique des poches humifères sous le rempart,
menée par Kai Fechner, l'amène à suggérer, parce qu'elles sont
plus épaisses que les horizons de surface humifères rencontrés
ailleurs, qu'il s'agit "de tas de terres issus d'un raclage de
l'ancienne surface". Il faut donc tenir compte d'une occupation
du plateau aux deux périodes citées. Nous rappelerons ici que la
grotte Ambre de Doische a produit une date de 3560 + 80
BP pour une sépulture en grotte à inhumations et
incinérations.
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Nécropole ou métropole?
Quelques trous
de poteaux ont été notés à l'arrière du rempart oriental, dont
une série de trois alignés et en partie dédoublés, séparant (?)
le "marchet" M 1, fouillé à l'ouest de ceux-ci, de la marge de
l'enceinte. Il nous faut signaler, en effet, que toute la partie
méridionale du site (au sud du chemin qui le traverse) est
constellée d'une soixantaine de ces tertres, sinon plus.
L'exemplaire fouillé entièrement en 2004 (M 1) (fig. 7) ,
d'assez petites dimensions (moins de quatre mètres de diamètre),
abritait sous son quadrant Nord-Ouest, un caisson d'à peu près
60 x 40 centimètres, profond d'une trentaine de centimètres (fig.
8), contenant des ossements. Ils attendent une
détermination, quoiqu'ils ne soient apparemment pas humains,
mais n'attendent plus d'être datés: la datation radiométrique,
2000 + 25 BP les dit à peu près contemporains de
l'enceinte, la date calibrée donnant la fourchette 50 BC - 70 AD
(toujours à 95,4 % de probabilité). Le tronçon de bracelet en
verre transparent doublé de jaune recueilli parmi les pierres du
marchet doit toutefois être plus ancien, puisqu'il appartient à
un type ("type 7a" de Haevernick) qui apparaît déjà à la
première moitié du IIème siècle avant notre ère (fig. 9).
L'exemplaire
fouillé en partie en 2005 (M 19) est de dimensions plus
considérables (environ huit mètres de diamètre). Il a livré dans
le quadrant Sud-Ouest quelques ossements humains (dont un
fragment de calotte crânienne et quelques dents) et quelques
tessons de céramique passée au peigne probablement de l'extrême
fin de l'époque laténienne ou du début de l'époque romaine.
Nous sommes
pour le reste convaincus que certains des "marchets" du Plateau
des Cinques remontent à l'âge du Bronze et qu'un ou deux d'entre
eux ont pu être "piégés" dans la masse du rempart oriental.
Comme nous l'avons vu, celui-ci n'était certainement pas à
proprement parler le réceptacle des deux squelettes qui y ont
été trouvés, mais ni en 1951, ni en 1979 les archéologues ont vu
le marchet que le rempart est venu coiffer. Voilà comment nous
proposons de résoudre la question de la présence de ces restes
humains fort anciens à cet endroit.

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Vue d'une partie de la fouille 2007 (aire ouverte) |
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Topographie
Aucune couverture topographique du site n'ayant été réalisée à
ce jour, celle-ci a été entamée dès la reprise des fouilles au
moyen de la station totale Leica TCR 307 du Centre de
Recherches Archéologiques.
Sous la direction de Laurent Bavay, la moitié méridionale du
site a pu être topographiée, ainsi que la plus grande partie
du rempart occidental, un levé rendu extrêmement difficile par
l'épaisseur et la nature (des épineux!) des taillis, mais
néanmoins d'une grande précision. Lors de la complétion du
levé, il s'agira également d'enregistrer les bords du plateau,
fort parlants, bien entendu, mais aussi fort dangereux parce
que souvent en à-pic, en partie du fait de l'action de
carrières modernes, du moins côté sud. Un vallon sec
vertigineux s'ouvrant sur le Viroin a déjà été enregistré à
l'arrière du rempart occidental, un vallon qui pouvait donner
accès à la rivière en contrebas, le plateau lui-même étant, à
notre connaissance, dépourvu de sources (fig. 10).
Bibliographie
A. Bequet, « Nos fouilles en 1885 », Annales de la Société
Archéologique de Namur XVII (1888), p. 249-251.
A. Bequet, « Relevé des retranchements fortifiés sur les
hauteurs », Annales de la Fédération Archéologique et
Historique de Belgique VI (1890), p. 225-226.
Anonyme, « Vestiges archéologiques », Olloy-sur-Viroin et
la région. Bulletin bimestriel de l'U.C. Olloy Syndicat
d'Initiative Générale XII (1965), p. 37-38.
J.-M. Doyen & E. Warmenbol, La fortification
protohistorique d'Olloy-sur-Viroin (Bruxelles 1981)
(Publications ... Amphora, XI).
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| photographies hors publications |
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| Meule en arkose |
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| Vue du fossé |
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